Culture-Nature

Le bio protège contre le cancer...

Top Santé signale une toute récente étude, réunissant des chercheurs de l'Inra, de l'Inserm, de l'Université Paris 13 et du CNAM dans le cadre de la Sorbonne. On ne pourrait faire plus sérieux. L'étude a porté sur 68946 sujets examinés sur une durée de 7 ans, consommant régulièrement / occasionnellement / jamais de produits biologiques et conclut à 25% de réduction du taux de cancer grâce au bio (même 76% dans le cas des lymphômes).  

https://www.topsante.com/nutrition-et-recettes/equilibre-alimentaire/manger-bio/manger-bio-reduirait-le-risque-de-cancer-628779?utm_campaign=achat&utm_source=welcome-media&utm_medium=newsletter#xtor=EPR-611

On s'en serait douté, manger sans chimie favorise la santé. Mais ainsi va la science : il faut sept ans d'étude sur 69000 personnes pour conclure que l'alimentation bio "protège" contre le cancer... La vraie conclusion serait plutôt de dire que l'alimentation non bio le favorise ! Vu que les facteurs pathogènes sont à chercher dans les artifices et non dans les modalités naturelles, jusqu'à nouvel avis.

 

Comme l'on sait que les pesticides sont cancérogènes pour la plupart, et qu'il y en a moins dans le bio, tout cela ne nous apprend finalement pas grand-chose de nouveau. Moins il y a de pesticides dans notre assiette et mieux se porte notre corps.

Plus intéressant à mon sens est le fait que la "protection" par le bio ne réduit l'incidende du cancer QUE de 25%. D'où viennent alors les 75% restants ?

 

Certains pourront objecter que les consommateurs de bio sont aussi ceux qui fument le moins, qui font le plus de sport ou de plein air, qui mangent le plus "sainement", qui prennent le moins de médicaments. Le chercheurs affirment avoir tenu compte de ces facteurs pour bien extraire l'effet du seul facteur bio. Je crains pourtant qu'ils n'aient pas oublié au passage que les bioconsommateurs sont aussi ceux qui mangent le plus de crudités. Et que finalement, l'effet du bio soit encore moins que leurs 25%.   

Quoi qu'il en soit, le facteur principal pourrait bien être la présence de molécules cancérigènes dans les aliments, mais de composés chimiques d'un autre origine que les produits de la chimie de synthèse. 

Assez logique, puisque la cuisine est une chimie de synthèse à sa manière. Pas de grandes usines relâchant des panaches de fumées toxiques dans les airs, mais des milliards de petites usines qu'on appelle casseroles, poêles, fours, barbecues, cocottes-minutes etc. On sait depuis belle lurette que la cuisson fait apparaître des myriades de molécules de Maillard différentes. 

 

La chaleur, qui accélère les molécules, déclenche toutes sortes de réactions chimiques imprévisibles. Ainsi naissent toute une pléthore de substances chimiques qui n'existent pas dans les aliments naturels, et auxquelles nos organismes, encore héritiers de la génétique des primates, n'ont guère de raisons d'être adaptés. 

Maillard découvrait en 1916 que les molécules aromatiques caractéristiques de la pomme de terre grillée provenaient de modifications moléculaires provoquées par la chaleur. Rares sont les nutritionistes qui se sont alarmés, sans doute parce qu'elles sont trop fascinantes pour nos papilles gustatives, ou trop rentables du point de vue commercial. La première question était pourtant de savoir ce que pouvaient devenir ces molécules nouvelles dans l'organisme. Mais on préféra refiler la patate chaude aux générations futures. 

Dans les années 1990, quelques chercheurs américains démontraient la présence d'AGE, molécules provenant de la fixation de glucose sur des protéines, d'abord dans le sang des diabétiques. La chose fut attribuée à leur taux sanguin de glucose plus élevé. Puis il fallut constater que le taux d'AGE était en rapport direct avec la quantité d'AGE consommées aux derniers repas. Il n'était donc pas un effet collatéral du diabète, mais un effet direct de l'alimentation cuite.

 

Puis il y eut, dans les années 2000, le scandale de l'acrylamide. Ce toxique était retrouvé, en quantité dépassant les taux admis pour la désinfection de l'eau, dans les produits les plus familiers : chips, biscuits, pain, toasts, frites, biscottes, aliments pour bébés. Une commission fut nommée pour traiter le problème. Elle n'eut besoin que de quelqes années pour enterrer savamment la question. 

L'acrylamide était pourtant un excellent exemple de molécule fabriquée par la cuisson, hautement toxique et cancérigène. De quoi faire réfléchir toute la planète sur les autres séquelles nocives des pratiques culinaires. Mais chercheurs et victimes préférèrent s'endormir sur leurs deux oreilles plutôt que s'occuper de ce qui passait par leur bouche.

 

Les recherches effectuées autour de toutes ces classes de molécules ont systématiquement mis en exergue leur cancérogénicité, probable ou avérée. Il apparaît de manière plus claire que jamais que tout désordre moléculaire, fût-il le produit d'une casserole ou d'une usine chimique, peut provoquer du désordre dans l'organisme, jusqu'au cancer qui est le désordre suprême.

Mieux vaudrait conclure de toutes ces tergiversations qu'il faut une fois pour toutes en finir avec les dénaturations des biens de la nature, et principalement avec les dénaturations chimiques, qui sont à la fois les plus insidieuses et les plus lourdes de conséquences...


 

A propos de l'auteur

Guy-Claude Burger

Guy-Claude Burger


Chercheur Auteur


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