Culture-Nature

Instinctothérapie : secte ou pas secte ?

Les médias d’abord, puis les organismes gouvernementaux ont délibérément condamné l’instinctothérapie en tant que secte. C’était en 1989. Après un scoop d’une certaine Anne-Marie Casteret, intitulé : « Le gourou qui prétend guérir le sida en mangeant cru ». L’enjeu affiché était de protéger la population contre une pratique illégale de la médecine qui aurait pu amener des personnes influençables à abandonner leur traitement conventionnel. Et plus généralement la lutte contre les sectes paramédicales florissantes à l’époque, censées menacer l’ordre public.

Après sept ans d’enquête, un premier non-lieu, puis une relance de l’enquête aboutissant à une relaxation, le Ministère public déposait recours et obtenait d’une Cour d’appel une condamnation à trois mois avec sursis. Les soi-disant « morts dans les placards » qu’avait annoncés la journaliste n’étaient donc que de l’esbroufe, je ne m’en serais sinon pas tiré à si bon compte. Mais son article avait tout de même marqué les esprits. Dès 89, la plupart des médias n’ont plus jamais parlé d’instinctothérapie autrement qu’en la qualifiant de secte dangereuse, cela sans même essayer de comprendre de quoi il s’agit exactement.

Sans doute déçue par une condamnation aussi légère, Anne-Marie Casteret décida de frapper plus fort. Elle mena à son compte, dès 97, des mois d’enquête et réussi finalement à convaincre une ancienne petite amie de mon fils de déposer plainte pour viol, en alléguant des actes purement imaginaires afin de venir enfin à bout du dangereux gourou. D’où une nouvelle avalanche médiatique totalement déconnectée de la réalité, d’autant plus délirante que c’était juste avant le scandale d’Outreau. La Justice s’engouffrait sans retenue dans la brèche, ce qui me valut cette fois une condamnation à quinze ans de réclusion criminelle pour des actes que je n’ai jamais commis.

Le plus scandaleux dans cette histoire, c’est qu’Internet a répercuté cette sordide affaire, notamment Wikipédia, en se fiant aux recoupements entre les articles des différents journaux. Or, si plusieurs journaux disent la même chose, cela ne constitue aucunement une preuve de vérité, mais simplement l’effet pervers d’avalanche médiatique : si un média bien placé lance un scoop, tous les concurrents sont obligés de s’en faire l’écho et si possible d’en rajouter, pour ne pas perdre leurs lecteurs. Un média qui ne procéderait pas ainsi finirait par faire faillite. Les mêmes éléments se retrouvant dans tous les journaux, chacun peut alors se convaincre qu’ils sont véridiques, alors qu’il ne s’agit que d’échos amplifiés de premières allégations mensongères.

Un exemple : nous lisions soudainement dans les médias que la fille de huit ans de l’une des animatrices de Montramé était obligée de dormir avec les cochons (!). Et personne n’a mis la chose en doute : vu qu’il s’agissait d’une secte, les pires des abominations étaient possibles. Autre perle, cette fois dans l’enquête judiciaire : un enfant du village venu se baigner dans la piscine du Centre aurait vu, après interrogatoire par l’un des policiers, deux personnes se baigner nues dans la piscine. Puis après un second interrogatoire par un supérieur plus performant, il déclarait avoir vu une centaine de personnes se balader nues autour de la même piscine.

Ensuite, même dérive en Cour d’Assises. Un juré qui aurait dérogé à la norme se serait retrouvé dans un position difficile : celle de souteneur d’une secte jugée dangereuse. Impossible d’assumer un tel discrédit, risquant de lui porter préjudice jusque dans sa vie de famille ou sa vie professionnelle. Sans compter l’influence du Président, qui ne peut s’empêcher de laisser transpirer ses propres opinions lors des entretiens secrets que le droit français lui permet d’avoir avec les jurés.

Il y aurait de quoi écrire un livre pour rapporter toutes les aberrations de cette procédure. Je le ferai sans doute un jour, mais pour le moment, la loi française punit de prison celui qui critiquerait une décision de justice. Je préfère donc m’abstenir…

Examinons maintenant en quoi le groupe d’animateurs vivant à Montramé, ou l’ensemble des personnes pratiquant l’instincto, pouvaient mériter la dénomination de secte. La première définition, aujourd’hui vieillie, que donne le CNRTL : « Ensemble de personnes qui se réclament d'un même maître et professent sa doctrine philosophique, religieuse ou politique, ses opinions ». Et une définition plus moderne : « Tout groupe idéologique clos qui suit un leader dissident de la doctrine générale et qui se caractérise par le fanatisme et l'intolérance de ses membres ».

L’instinctothérapie réunit en effet un certain nombre de personnes. Elle se distingue de la doctrine générale en ce qui concerne l’alimentation. Mais est-elle elle-même une doctrine ou une idéologie ? Sa définition même exclut cette qualification. Il ne s ‘agit pas d’aller colporter l’idée que le cru intégral est la clé de la santé, mais de proposer une hypothèse : celle qui voudrait que l’organisme humain d’aujourd’hui soit encore adapté génétiquement au mode d’alimentation de nos ancêtres primates.

La Science nous enseigne que notre génome est encore extrêmement proche de celui des grands primates, il est donc logique de se demander si notre métabolisme n’est pas encore aujourd’hui mieux adapté aux aliments que consommaient ces lointains ancêtres, ou au contraire s’il ne s’est pas adapté aux différents artifices caractérisant la cuisine (y compris la crusine). Au vu de la complexité des facteurs en présence, seule l’expérience permet de s’en faire une idée. Il suffit d’ouvrir un ouvrage sur le métabolisme pour prendre conscience de l’incroyable complexité des mécanismes biologiques déjà connu, et mesurer l’ampleur des potentialités encore inconnues.

Je suis moi-même parti dans cette expérience de vie préculinaire en me demandant si j’allais y survivre trois semaines. Puis, les résultats semblant concluants, je me suis embarqué, et ma famille avec moi, dans une expérience de trois mois. Les incroyables améliorations de santé que nous avons pu observer, sur nous-mêmes puis sur de nombreux amis qui nous ont emboîté le pas, m’ont alors convaincu de poursuivre l’expérience à beaucoup plus long terme. Mais jamais je n’ai simplement affirmé l’idée que nous serions adaptés génétiquement à un alimentation préculinaire sans rappeler qu’il s’agit en fait d’une hypothèse. Celle-ci a été confirmée par de nombreuses observations et recoupements, et je n’ai rien vu qui puisse l’infirmer jusqu’à ce jour. Mais il s’agit encore et pour longtemps d’une hypothèse, et il faut rester prêt à la réviser dès que surviendrait une contradiction quelconque.

L’instinctothérapie est de plus une expérience que chacun peut réaliser personnellement, de manière à tirer ses propres conclusions. J’ai toujours insisté sur ce point, commençant chacun de mes cours par bien montrer qu’il appartient à chacun de faire ses propres observations. Certes, il faut appliquer quelques règles précises, comme l’absence d’exceptions, le choix olfactif, le respect des réactions sensorielles, si l’on veut que l’expérience tienne la route. Mais cela n’a rien à voir avec un fanatisme idéologique ou une intolérance sectaire. Toute expérience, pour être valable, doit respecter certaines règles de procédure, souvent très précises. L’apparente exigence de règles strictes et arbitraires provient simplement du fait que la cuisine et ses afférences sont omniprésentes dans le contexte social existant, de sorte qu’on a de la peine à croire que des imprécisions ou des exceptions puissent fausser l’expérience.

On ne peut pas construire une secte sur une interrogation. Sinon, toute la communauté scientifique serait un secte gigantesque. Une hypothèse est par nature une interrogation, et comme l’instincto repose sur une hypothèse, il est profondément déloyal de lui accoler l’étiquette de secte. Ses ennemis pourraient tout au plus tenter de démontrer que la question qui est posée – celle de l’adaptation génétique à l’alimentation conventionnelle – serait tendancieuse ou mal formulée. Je serais le premier à le reconnaître et à modifier mon discours. Mais le raisonnement ambiant, comme je peux m’en rendre compte hélas systématiquement, est plutôt le suivant : « les médias disent que c’est une secte, c’est donc une secte et il faut tout faire pour l’exterminer ».

Très sincèrement, c’est plutôt le monde de la gastronomie qui fait preuve de sectarisme. Tout le système repose sur une idéologie, qui veut que l’homme soit fait pour manger cuit, alors qu’aucune expérience comparative n’a été faite pour le démontrer. Quelques scientifiques se sont contentés de spéculer sur l’ancienneté de la cuisine, sur l’utilité d’une soi-disant prédigestion que subiraient les molécules sous l’effet de la chaleur, sur l’idée que la cuisson aurait induit un agrandissement de la boîte crânienne (alors qu’elle s’est ratatinée depuis le Neandertal), etc. Mais aucune affirmation n’a de valeur scientifique si elle n’est pas corroborée par des observations comparatives permettant d’isoler l’influence du facteur considéré. L’instinctothérapie est par essence une expérience comparative, chacun peut observer l’état de son organisme soit dans le référentiel culinaire, soit dans le référentiel instincto, notamment dans les débuts, où il peut constater l’évolution de ses troubles ou maladies.

En fait c’est très simple : à ceux qui n’ont pas envie de s’interroger sur leurs habitudes alimentaires, le « système » fournit une étiquette qu’ils n’ont qu’à coller sur l’instincto pour se dédouaner. Ceux qui voudraient défendre la validité de cette expérience, ou clamer les résultats qu’ils ont pu observer, se voient ainsi d’emblée réduits au silence. Et les idées, d’emblée mises au placard. C’est ainsi qu’une société défend ses valeurs, même si celles-ci valent à ses membres les pires ennuis de santé...

A propos de l'auteur

Guy-Claude Burger

Guy-Claude Burger


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