Culture-Nature

Une météorite à l'origine de l'agriculture ?

C'est l'hypothèse proposée par les scientifiques qui viennent de découvrir sous un glacier du Groenland un impact de météorite datant de peut-être 13000 ans. Le cratère mesure 31 km de diamètre, ce qui n'est pas négligeable (celui qui sonna le glas des dinosaures en faisait 70). Le choc aurait été suivi d'un long obscurcissement du ciel par les poussières. Le refroidissement climatique qui s'ensuivit pourrait expliquer la disparition des mammouths. Quant aux hommes, ils auraient recouru à l'agriculture pour survivre là où elle était à la fois possible et nécessaire.

 

https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/geologie-cratere-impact-geant-decouvert-groenland-39734/

 

Les mammouths ne se seraient donc pas éteints pour avoir été décimés par des hommes devenus carnivores. À moins que le manque de nourriture ait justement poussé les hommes à chasser davantage de mammouths... Ce fut en tout cas un désastre planétaire majeur, dont personne ne se doutait jusqu'ici. Peut-être est-il resté dans l'inconscient collectif sous couvert de Déluge.

 

D'autres recherches récentes laissent penser que les tristement célèbres villes de Sodome et Gomorrhe auraient été détruites elles aussi par la chute d'un corps céleste. Le site de Tall El-Hammam, situé au sud de la vallée du Jourdain, date de l'âge du bronze et pourrait bien être le lieu où se trouvaient les deux cités citées dans la Bible. La malédiction divine aurait pris la forme d'un méchant caillou, chargé d'une énergie cinétique suffisante pour carboniser toute une plaine.

 

https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/archeologie-asteroide-aurait-detruit-villes-sodome-gomorrhe-50000132/#xtor=EPR-57-[ALERTE]-20181129

 

Quelle leçon tirer de telles découvertes ? D'abord, que nous sommes loin de tout savoir sur le passé même relativement récent de l'humanité. Aucune science n'est plus hasardeuse que l'archéologie. On glane de gauche et de droite quelques vestiges épars des temps passés, et on s'ingénie à leur trouver une interprétation qui nous arrange.

 

Bien longtemps, les hommes de la préhistoire étaient représentés comme des brutes épaisses, on a même dit que les Néandertaliens couraient à quatre pattes, leur grossièreté s'affichait à coups de prognatisme, de regards menaçants, de longs poils partout dans les dessins et autres représentations. Plus les années ont passé, plus les visages reconstitués se sont rapprochés des nôtres. Mais on reconnaît encore une volonté de vilipender ces lointains ancêtres dans les reconstitutions modernes faites à partir des implantations de tendons. Les regards sont délibérément stupides ou prostrés, les cheveux en désordre et les visages hirsutes. Il faut absolument que nous, hommes modernes et cultivés, soyons au somment de l'Évolution, alors qu'on ne sait pas vraiment comment ces lointains ancêtres pensaient et se soignaient.

 

Des chutes de météorites qui ont pu changer l'histoire du monde, en des temps relativement rapprochés --13000 ou 3700 ans, c'est le présent géologique par rapport aux 65 000 000 du cratère de Chicxulub au Yukatan -- nous montre cruellement que notre habitat terrestre n'est pas si sûr que ça. Nous extrapolons ce que nous voyons autour de nous comme s'il s'agissait d'un décor inamovible. L'insécurité du milieu pourrait menacer plus gravement que nous ne l'imaginons nos aspirations au confort et à la vie éternelle. Autant ne pas y penser.

 

Le paradigme matérialiste des temps modernes nous pousse à nous sécuriser dans la matière : il nous faut pour être heureux un environnement stable, où ne sévissent ni les cataclismes naturels ni ceux que l'homme a réinventés ; un appartement princier, indispensable au bonheur familial (ou célibataire) ; un salaire opulent mettant à l'abri du besoin ; un approvisionnement sûr en alimentation et en énergies ; une cuisinière pour manger chaud et un frigo pour manger froid ; des éclairages sophistiqués, un chauffage subtropical, une voiture pour les kilomètres du dimanche, des billets d'avion pour ceux des vacances, un téléviseur pour le football... Tous ces beaux rêves, devenus réalité grâce à la civilisation, pourraient bien s'évanouir en un clin d'oeil pour peu que le Bon Dieu, dans un moment de distraction, laisse un gros rocher atterrir sur sa planète d'élection.

 

Non, rien n'est sûr en ce monde. Nul ne connaît le moment de sa mort ni celui d'une catastrophe générale, qui pourrait anticiper celle que nous prépare doucement la consommation de masse. La technologie nous permettra peut-être un jour de prévoir sans faille toute rencontre avec un géocroiseur quelconque, et d'envoyer à temps une bombe géante capable de fracasser l'intrus. Mais ce jour est loin d'être arrivé.

 

Que faire face à tout cela ? Et face aux dangers en général ?

 

Savoir vivre heureux dans l'insécurité. Deux méthodes sont possibles : occulter la réalité et ses aléas possibles, ou vivre l'instant présent en toute conscience de sa fragilité. La première solution n'en est pas vraiment une, car occulter délibérément un danger ne fait qu'en refouler la représentation dans l'inconscient. On peut toujours se jouer le jeu de la sécurité, mais les tensions engendrées par la connaissance d'un risque d'anéantissement minent inévitablement le présent.

 

L'autre solution, c'est de vivre dans le présent tout en étant conscient de sa fragilité. Le bonheur est un équilibre toujours instable. Ce n'est pas une raison pour ne pas en jouir pleinement. Vivre dans le présent n'exclut pas d'anticiper l'avenir, de prévoir ses aléas. La différence réside dans le fait de ne pas s'attacher à ce bonheur, de ne pas s'imaginer pouvoir le posséder.

 

Un fait marquant : dès qu'on s'habitue à quelque chose qui nous rend heureux, on le trouve ennuyeux. On peut chercher à ce phénomène toutes sortes d'explications psychologiques. Tout comme on ressent beaucoup plus le froid après avoir séjourné dans un bain chaud. Les cognitivistes parlent d'adaptation, je préfère dire habituation. Mais on peut prendre le problème par l'autre bout, et admettre simplement qu'il est contre nature de s'habituer au bonheur. Il faut donc trouver une attitude intérieure qui évite l'habituation, alors que considérer un bien comme acquis fait justement perdre sa nouveauté quotidienne.

 

Nul n'est propriétaire de son bonheur. Il faut plutôt le voir comme un don à chaque instant renouvelé que nous recevons d'en-haut. Ainsi, à l'instant où il s'évanouit, il n'y a pas de souffrance, pas de regret, pas de reproche non plus. Paradoxalement, c'est aussi dans cette attitude qu'on ne le perd pas, car il reste vivant dans le coeur lorsque les circonstances changent, au lieu de se recouvrir d'éléments négatifs. Tout comme un cadeau que l'on aurait reçu journellement pendant un temps et dont on garde le souvenir positif, sans se désoler de ne plus le recevoir.

 

Il est vrai que ce type d'attitude n'est pas toujours facile à assurer. Il y a dans l'esprit humain une tendance à s'attacher à tout ce qui est agréable. Avec pour contrepartie la frustration qu'en provoque la perte. Le sage ne connaît pas la déception, le regret, l'amertume. Ni la peur de perdre l'acquis, de devoir recommencer à zéro.

 

Une question se pose à ce niveau : la tendance à l'attachement que l'on croit normale est-elle vraiment naturelle ? Ne devrions-nous pas tous être sages ? Ce que la plupart des sages eux-mêmes ignorent, c'est que l'alimentation a une influence majeure sur l'état psychique. Le fonctionnement du système nerveux est en rapport direct avec les substances psychotropes apportées par certains aliments. On sait par exemple qu'il existe un rapport entre le gluten et l'état d'excitation. On le sait aussi pour les excitants classiques comme la caféine, la théobromine, et quelques autres. L'expérience de l'alimentation naturelle montre toutefois qu'il existe dans les aliments dénaturés une multitude de substances excitantes encore inconnues.

 

L'alimentation courante nous maintient ainsi dans un état chronique d'excitabilité que l'on finit par croire normal. Il existe un déséquilibre systématique entre les stimuli et les réponses. Les réactions agressives, mais également les pulsions considérées comme positives prennent une ampleur anormale. On voit justement apparaître une tendance excessive à s'attacher, à posséder, et par contre-coup des sensations de frustrations disproportionnées lorsqu'il faut renoncer à un objet d'attachement.

 

La psychiatrie reconnaît depuis peu l'existence d'automatismes mentaux : certains centres cérébraux se maintiennent dans un état d'excitation, sans que cela réponde à aucun stimulus. Lorsqu'il s'agit de centres antagonistes, on voit apparaître des tendances contradictoires. On désire et on s'interdit, on veut faire un geste mais quelque chose nous freine, on voudrait jubiler mais quelque chose se morfond. C'est ainsi que l'on explique le morcellement psychique caractéristique de la schizophrénie. Et tout le monde est schizotyme...

 

J'ai pu constater ce phénomène dès les débuts de l'instincto. En bon électronicien, j'ai tenté de l'expliquer par la notion d'"accrochage". Il peut exister dans nos circuits neuronaux des feedbacks positifs, tout comme entre des circuits électriques. Chacun connaît l'effet Larsen : le signal qui sort du haut-parleur retourne au micro, s'amplifie à nouveau et ainsi de suite au point que l'installation se met à hurler.

 

Les connexions interneuronales sont d'une complexité telle que toutes sortes d'auto-stimulations sont possibles. Lorsque tout va bien, ces autostimulations restent dans les limites appropriées. Elles sont manifestement là pour nous permettre de poursuivre une action, de patienter, de persévérer malgré les obstacles, de garder notre calme. Les problèmes surviennent à partir du moment où ces autostimulations s'emballent et désorganisent le fonctionnement cérébral. Les émotions sont alors disproportionnées, l'impatience, la peur, l'intolérance dépassent les possibilités de self-contrôle. Ce sont même les références de normalité qui dérivent, le Moi s'identifie aux émotions et aux pulsions. Nous ressentons nos excès comme justifiés, comme faisant partie de notre état normal.

 

La psychiatrie ignore encore que l'alimentation est la cause principale des automatismes mentaux. Juste après la guerre, pourtant, un médecin grec dont j'ai oublié le nom avait signalé l'aggravation des symptômes de schizophrénie lorsque ses malades ont à nouveau reçu du pain. Puis il constata qu'ils allaient mieux lorsqu'il le supprimait. Ses travaux sont longtemps restés sans suite.

 

Tout comme les drogues peuvent amplifier les angoisses et fausser les perceptions, les molécules excitantes d'origine alimentaire font naître des peurs irraisonnées, des fourires, des dépressions, des obsessions, de l'éréthisme sexuel, des colères, des cauchemards. Un événement tant soit peu inquiétant prend alors beaucoup trop de place dans le champ de conscience, il marque exagérément la mémoire. Il déclenche des réactions inappropriées, des états de panique ou des réactions agressives incontrôlées, parfois des inhibitions comme la timidité ou la sidération.

 

Face à toute forme de danger, la réaction spontanée est totalement différente suivant qu'il y a accrochage ou non, donc suivant que l'alimentation est dénaturée ou non. Cela paraît difficilement crédible à qui n'en a pas fait l'expérience, ou n'a pas eu l'occasion d'observer ces changements d'état psychique chez des tiers. Tous ceux qui ont pratiqué l'instincto peuvent en témoigner : l'attitude profonde face à l'existence et ses dangers change spontanément, tout simplement parce que le système nerveux fonctionne normalement.

 

La sérénité naturelle n'empêche cependant pas de prendre toutes mesures utiles pour faire face au danger. Mais cela se fait alors sans tensions internes inutiles, et par conséquent avec beaucoup plus d'efficacité. Ainsi s'établit automatiquement la situation optimale : les meilleures réactions de sauvegarde en même temps que le minimum de stress.

 

Un autre facteur psychologique essentiel vient encore s'ajouter à cette action bénéfique du "désaccrochage" : la redécouverte des lois naturelles de l'amour. Rares sont ceux qui en ont conscience, mais c'est pourtant un fait facile à établir que, sous l'effet des molécules excitantes, les émotions et tout particulièrement la sexualité prennent une forme bien éloignée de ce qu'elles devraient être dans un état psychique "originel".

 

Le retour à une alimentation naturelle permet à l'inverse de redécouvrir les sentiments et les sensations normales liées à l'amour physique. La magie amoureuse reprend ses droits. Les besoins d'exonération, de domination, de possession font place à une dimension transcendante, à un état de conscience modifié, que les Anciens désignaient par l'archétype du Phallus sacré. Une notion difficile à défendre de nos jours.

 

Quelques vestiges de cette dimension spirituelle de l'amour se retrouvent tout de même dans notre culture. Le plus prégnant est certainement le Jardin des Délices de Jérôme Bosch. Des millions d'amateurs d'art en ont pressenti la valeur initiatique, sans pour autant réussir à la formuler clairement. Mais une fois que l'on entre dans cette œuvre majeure par la bonne porte, tout s'éclaire comme par magie. On peut même dire : par magie, car les émotions qui guident alors le spectateur se situe au plan de la transe et de la félicité...

 

Tout cela pour dire que le simple fait de retrouver l'Amour tel que la nature l'avait livré permet de ressentir tout événement sur un plan bien plus élevé que celui de la matière et du mental. La mort, même au pire la destruction de l'espèce, ne suscitent plus les mêmes angoisses lorsqu'on ressent en profondeur que la vie ne s'arrête pas avec la destruction des corps.

 

Les facultés extrasensorielles qui se développent lorsqu'on vit l'Amour selon ses lois naturelles assurent l'expérience journalière d'une dimension supramatérielle. La constatation mille fois répétée de phénomènes qui transcendent l'espace et le temps amène à se détacher des investissements futiles dans les objets, les opinions, l'image de soi. L'image même de la mort se transforme peu à peu pour faire place à un sentiment d'éternité. Bien sûr pas d'éternité du corps, mais d'éternité de ce qu'il y a d'essentiel en nous et dépasse de loin le moi.

 

Dès lors, qu'une météorite nous croise gentiment, comme ce fut encore tout récemment le cas, ou nous envoie brutalement dans un autre monde, perd de son importance. Mieux vaut prendre toutes les mesures possibles pour limiter les dégâts et sauver de la Vie sur Terre ce qui pourrait être sauvé. Mais aucune perspective quelle qu'elle soit ne doit détruire, aussi longtemps qu'il est possible, le vrai bonheur d'exister...

A propos de l'auteur

Guy-Claude Burger

Guy-Claude Burger


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