Culture-Nature

Reich et orgone II: Origines de l'homophobie

Image: Zeus déguisé en aigle et Ganymède, que Hera menacera de mort.

En complément à mon article sur Reich ;
Un point a pu freiner depuis des siècles la compréhension du message de Bosch ; une forme d’Éros dont le but n’est pas la procréation remet en cause l’homophobie.
C’est à priori le caractère « contre-nature » de l’homosexualité qui a justifié les foudres dont celle-ci fut la cible depuis des millénaires. Dans la mesure où l’on réduit la sexualité à la reproduction, l’homosexualité ne trouve aucune justification fondamentale. Elle est automatiquement et logiquement rejetée en-dehors du champ de la normalité. On en fait alors, suivant les époques et les religions, un péché, une entorse à la volonté divine, une abomination, une déviation, une perversion, une pathologie, une paraphilie, un substitut ou, au mieux, un droit à la différence.


Si l’on pose que la sexualité a chez l’être humain deux fonctions possibles : soit la procréation, soit l’apport d’énergie métapsychique, on est amené à raisonner différemment. Plus rien ne permet de condamner a priori des comportements qui s’écartent de la sexualité « normative », centrée sur le coït. Au contraire, on peut s’attendre à ce que des comportements différents aient justement pour finalité l’apport d’énergie et soient d’autant plus précieux car contribuant à l’évolution spirituelle des individus. 
Pour rejoindre Platon : l’hétérosexualité serait centrée sur la reproduction (Éros pandémien, ou populaire), et l’homosexualité sur la quête des Essences = vérités éternelles (Éros uranien, ou céleste).

 

Cette hypothèse a d’ailleurs été largement confirmée – plus exactement : redécouverte – au cours des observations que j’ai pu mener sur la sexualité dans le cadre d’une alimentation naturelle. Je n’avais pas lu ces textes de Platon auparavant, on ne les étudie pas dans les cours de grec l’école. Puis le message de Bosch est venu la confirmer. À vrai dire, chacun ressent en son for intérieur de manière plus ou moins confuse, qu’il doit exister quelque chose d’autre dans les mystères de l’amour qu’un phénomène (ou épiphénomène) lié à la procréation.


Seulement voilà : un tel changement de paradigme implique une remise en question de tous les jugements péjoratifs portés sur l’homosexualité, en même temps qu’une remise en question du statut dominant de l’hétérosexualité. Même les pédés ou lesbiennes qui s’amusent à jouer au couple, l’un des partenaires forçant ses traits de virilité pendant que l’autre se peint les ongle, se retrouvent sur le carreau. Ils devraient admettre s’être trompés de voie en voulant imiter le couple hétérosexuel, image d’Épinal de la procréation, et n’avoir pas su reconnaître la signification spécifique de l’homosexualité. Brigitte Bardot, icône de la libération sexuelle, dépeint clairement ce clivage du monde homosexuel (Cris dans le silence, éd du Rocher, 2003).
 

Pourquoi cette double remise en question se heurte-t-elle à des résistances souvent opiniâtres ? Première remarque : ces résistances surviennent par essence chez les hétérosexuels. La pérennité de l’homophobie donne à penser qu’elles ont une source inconsciente, même structurale. C’est-à-dire qu’elles découlent plus ou moins directement des pulsions naturelles liées à la sexualité. Demandons-nous alors ce qui a pu, ou peut encore, faire naître la haine de l’homosexualité.
La première raison qui vient à l’esprit, c’est qu’une population majoritairement hétérosexuelle ressent automatiquement l’homosexualité comme étant contraire à la norme. Tout comportement contraire à la norme induit des sentiments de méfiance, d’angoisse ou de rejet. Cette loi générale a-t-elle suffi pour engendrer un tabou pareillement viscéral ?  

 

Une autre réponse classique veut que l’hétérosexualité, nécessaire à la survie de l’espèce, se doit d’occuper la place dominante, et que l’homosexualité doit être combattue pour le risque qu’elle représente d’un déclin de la population. Rien n’est plus important que la survie de l’espèce, les processus psychophysiologiques conduisant à l’accouplement doivent donc primer sur tous les autres. Ce ne sont là pourtant que sophismes : quelques rares pulsions hétérosexuelles au cours de la vie suffisent à la reproduction. Cela n’empêche aucunement la présence de pulsions homosexuelles en-dehors de ces situations, ni une plus grande fréquence de ces dernières. 
 

La redécouverte de l’Éros sacré plaide en revanche pour une primauté des pulsions génératrices d’énergie métapsychique, celle-ci jouant un rôle quotidien pour la qualité de vie, voire pour la survie. La perception extrasensorielle permet en effet de reconnaître des dangers qui échappent bien souvent à la perception ordinaire, d’où un gain notoire en matière de survie de l’espèce. Le Dr Abresol, qui introduisit la sophrologie en Suisse, le racontait comment les Indiens qui le guidaient dans la forêt amazonienne reconnaissaient à l’avance, même dans la nuit, la présence d’un serpent ou d’un crocodile.


Cela rejoint l’étonnement que l’on peut avoir face au nombre d’orgasmes nécessaires au bien-être psychosexuel, qui se chiffre par milliers, et le nombre de coïts nécessaires à la fécondation. On constate chez les animaux (sauvages ou non perturbés par les substances excitantes de l’alimentation humaine), une très grande rareté des comportements reproducteurs, réservés aux seules périodes de rut. Pourquoi n’en serait-il pas de même chez l’être humain ? 
 

Ces conjectures sont toutefois invalidées par le fait qu’une part de l’hétérosexualité, quoi qu’en dise Platon, peut appartenir à l’Éros sacré. Difficile dans ces conditions de prévoir les fréquences respectives. On peut tout juste expliquer la rareté des pulsions homosexuelles par la perte de cette dimension supérieure de l’amour.


La simple rareté n’explique cependant pas l’acharnement viscéral dont les homosexuels ont été victimes (et le sont encore parfois). Les manchots et les unijambistes sont beaucoup plus rares, ils ne sont pas ni détestés ni éradiqués. Les forces de répression qui alimentent l’homophobie sont manifestement démesurées, disproportionnées par rapport à leur enjeu. Déjà Moïse condamnait à mort celui qui aurait « couché avec un homme comme on couche avec une femme ». Il y voyait une « abomination » honnie de Dieu, à la fois péché et action criminelle, dans la tradition juive. 


Il ne s’agit pas d’un simple accident de l’histoire. Le fait serait resté plus isolé, alors que l’homophobie a traversé de nombreuses cultures. Par exemple l’empire perse du début de notre ère, et tout le monde judéo-chrétien, y compris l’islamisme moderne et la Chine maoïste. Même de nos jours en Occident, alors que l’homosexualité a été officiellement réhabilitée par la psychiatrie, subsiste une homophobie latente. Celle-ci se manifeste notamment dans les couches peu cultivées de la population et, curieusement, chez les adolescents. L’hypothèse d’un mécanisme inconscient est donc probable. 
 

À l’adolescence s’installent les premières pulsions hétérosexuelles d’ordre reproductionnel. Une homophobie associée à cette émergence pourrait traduire un malaise existentiel, une difficulté à gérer les pulsions nouvelles. L’accès à la maturité est en effet marqué par le renoncement aux ouvertures « magiques » de l’enfance. Or, cette aspiration au magique trouve un sens si l’on pose que l’Éros sacré appartient à la nature humaine. Le soi-disant dépassement du magique pourrait donc marquer l’échec de cette dimension subtile de l’amour, sous la férule de l’éducation et de la morale. Cela expliquerait les conflits internes de l’adolescent, pris en étau entre ses anciennes aspirations à une forme d’amour sacrée et les exigences d’une forme adulte qui les exclut, dont il se retrouve l’otage de par ses propres pulsions. 
 

On retrouve chez l’adulte achevé un même tableau : l’échec de l’Éros sacré génère, au plan inconscient, un profond sentiment de frustration, dont ampleur se mesure à l’aune de l’échec spirituel qui risque d’en découler. L’adulte « normal » vit sa sexualité sur le mode reproductionnel (comme le prouve l’absence de développement extrasensoriel et la nécessité des contraceptifs), convaincu d’être dans le juste et de n’avoir rien d’autre à chercher. 
 

Mais son inconscient ne partage par les croyances de son conscient, il proteste par tous les moyens. Un conflit d’une telle ampleur, que rien dans notre paradigme rationaliste ne permet d’analyser ni de résoudre consciemment, donne le jours à des forces incontrôlables. Pourquoi se dirigent-elles alors contre l’homosexualité ? Peut-être justement parce que l’homosexualité représente inconsciemment l’Éros perdu. 
 

Ceci explique parfaitement l’émergence de pulsions homophobes au moment de l’adolescence. L’ado, se sentant glisser du fait de ses nouvelles pulsions dans un modèle adulte dont il perçoit confusément le caractère contre nature, a besoin d’un exutoire. Il vise alors précisément ce qu’il est malgré lui en train de perdre. L’homosexualité devient le bouc émissaire de ses conflits internes. 
Le même processus inconscient pourrait expliquer les interdits moïsiaques : quelques millénaires après le « péché originel », qui représente la perte de l’Éros sacré, des forces agressives cherchaient à se manifester. Ne pouvant se tourner contre l’hétérosexualité, restée seule source de satisfaction sexuelle et conçue comme indispensable à la procréation, elles ne pouvaient cibler que les autres types de relation sexuelle, notamment l’homosexualité et la sodomie, qui en reflétait le plus directement l’échec douloureux.

 

Aujourd’hui encore, la perception de l’homosexualité est ambivalente.  On sait quelque part que de nombreux artistes ont cette tendance, ou la vivent pleinement, notamment parmi les plus grandes vedettes. Bien des chansons, films, œuvres littéraires tentent de lui restituer ses titres de noblesse. Et pourtant, un puissant  courant contraire fait que la plupart des parents se sentent désemparés s’ils apprennent la « différence » de leur rejeton, que le copain d’école qui ne cache pas ses attirances se fait vite traiter de tapette par les autres, que deux homosexuels qui s’embrassent publiquement risquent de s’attirer des moqueries voire des injures ou des coups. 
 

Un autre mécanisme peut se superposer au processus décrit plus haut ; c’est une intuition inconsciente du fait qu’une homosexualité vécue en-dehors de l’Éros sacré, ne visant qu’au plaisir ou à l’imitation du couple hétéro, est vide de sens. Il est vrai que les gayprides ne laissent une sensation particulière d’élévation spirituelle. Pas plus que l’attirail sado-masochiste. L’homophobie tiendrait alors d’une force d’accusation inconsciente contre une dégradation qui échappe à l’analyse. Ainsi s’expliquerait l’ambivalence entre la condamnation rampante et la tolérance lorsqu’il s’agit d’artistes.
 

On trouve déjà cette distinction chez Platon : il range dans l’Éros vulgaire à la fois l’hétérosexualité et une forme inférieure d’homosexualité caractérisée par la seule recherche de plaisir et l’attirance du corps, alors que l’Éros uranien, purement homosexuel, vise à l’évolution de l’âme. Il y a donc pour lui deux formes d’homosexualité, l’une qu’on pourrait qualifier de branchée, en ce sens qu’elle aboutit au développement métapsychique, et l’autre plafonnant au niveau du plaisir. 
 

Bosch oppose dans son Jardin des Délices un Éros adamite engageant aussi bien des pulsions homosexuelles (le grand cortège de cavaliers et les naïades du bassin central) que des pulsions hétérosexuelles hors coït (premier plan du panneau central), à la sexualité prêchée par une morale faisant du coït la panacée (l’œuf éventré entre deux jambes), centre de l’Enfer sur terre que décrit le panneau de droite. 
Pour terminer sur une note plus prosaïque : il est aussi possible que les hétérosexuels (ignorants ou non de la chose), éprouvent une frustration (inconsciente ou consciente) pour être privés du niveau de plaisir particulièrement élevé qu’éprouvent les homosexuels « passifs ». Les pulsions homophobes comprendraient alors une composante de banale jalousie au niveau du plaisir. 

 

Ceci expliquerait du même coup pourquoi l’homosexualité féminine a moins été vilipendée que l’homosexualité masculine. La pénétration sexuelle n’y figurant pas, elle rappelle moins directement l’hétérosexualité classique que ne le fait la sodomie. Elle représente plutôt un risque de perte d’objet d’amour (la femme que désire l’homme et qui préfère une autre femme).
Toutefois, ces forces de jalousie me paraissent moins prégnantes que les angoisses et sentiments de culpabilité que peut susciter l’effet miroir d’une sexualité échouant quant à son but spirituel.

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Guy-Claude Burger

Guy-Claude Burger


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