Culture-Nature

Moi, je n'accroche pas !!

Dans la série des obstacles à la compréhension de la métapsychanalyse : l'accrochage. Rien n'est plus désagréable que de reconnaître que l'on "accroche".

De quel phénomène s'agit-il ? De la tendance du cerveau à tourner en rond, à rester attaché à certaines pensées, à ne pas pouvoir lâcher prise, sous l'effet d'un dysfonctionnement du système nerveux central.

Tout au début de l'instincto, en 64, nous constations déjà que cette tendance est en rapport direct avec l'alimentation. J'en ai eu la confirmation avec des souris nourries naturellement, dont le comportement changeait du tout au tout après administration de produits céréaliers. Les petits rongeurs, d'abord calmes et grignotant consciencieusement les barreaux de leurs cages, se mettaient à tourner en rond sans plus s'arrêter pour tenter de sortir. L'analogie avec les humains tournant en rond dans leurs pensées était évidente.

En bon électronicien, j'y ai vu une forme d'effet Larsen : lorsqu'on a un micro, un amplificateur et un haut-parleur, il suffit de trop pousser l'amplification pour que l'installation se mette à hurler. On dit alors qu'elle "accroche". J'ai donc supposé qu'un phénomène analogue se passe dans le cerveau lorsque les neurones sont excités par certaines substances, comme le gluten du blé par exemple. Les connexions interneuronales sont très complexes et il y a de nombreuses rétroactions, donc possibilité d'auto-excitation.

L'analogie était osée, mais se trouve en parfait accord avec la notion d'automatisme mental, déjà définie par Clérambault (psychiatre français) dans les années 1920. Le processus peut aller de simples pensées intrusives, qui s'imposent contre la volonté du sujet, jusqu'à la psychose hallucinatoire. Il peut affecter toutes les fonctions mentales. La psychatrie n'a en revanche pas mis ces troubles en rapport avec l'alimentation.

La possibilité de s'observer soi-même en rapport avec des changements d'alimentation, permet de mieux situer le phénomène du point de vue de son impact psychologique. Il peut certes aller jusqu'au délire, mais conserve le plus souvent une forme larvée. Le sujet n'a pas le sentiment d'être victime de pensées intrusives, mais arrive encore à y investir son Moi. Il ne dira par exemple pas : "cette mélodie m'obsède comme si on me l'imposait", mais "j'adore siffler tout le temps cette mélodie". Ni : "quelque chose d'extérieur à moi-même me fait craindre telle catastrophe", mais "je suis absolument sûr que cette catastrophe va se produire".

On peut facilement reconnaître des automatismes mentaux dans les obsessions, les phobies, les TOCs, l'hypochondrie, l'anorexie, les cauchemars et autres désordres psychiques. Mais ils minent aussi les comportements réputés normaux. La consommation des produits céréaliers étant quasiment universelle, ainsi que bien d'autres sources de substances excitantes, on trouve de manière endémique un niveau d'excitation cérébral qui accroît anormalement la tendance à l'auto-excitation.

Le fonctionnement naturel de notre psychisme repose sur une certaine tendance à l'auto-excitation. De cette manière, nous pouvons maintenir en action une pensée particulière, un souvenir, un projet. L'auto-excitation est donc en soi une fonction essentielle, structurelle, de notre cerveau. Ce qui pose problème, c'est l'amplification exagérée de cette auto-excitation. Certaines motions prennent alors le pas sur d'autres. Par exemple, au lieu d'un équilibre naturel entre l'envie d'aborder quelqu'un, et la crainte d'être mal reçu, l'une ou l'autre de ces attitudes peut prendre le dessus. On tombe ainsi soit dans la timidité, soit dans une impudence qui troublent d'emblée la relation.

Tout ce qui touche à l'angoisse prend une dimension démesurée sous l'effet de l'accrochage. Or, l'angoisse et la crainte sont omniprésentes dans tous les comportements, les choix, les décisions. Il faut savoir craindre de se tromper, envisager sans les occulter les risques de chaque détermination. C'est indispensable pour prendre des décisions pertinentes. Aussi bien lorsqu'il s'agit d'un geste précis à effectuer au bon moment, que d'un orientation générale engageant la suite de notre existence. Si le tendance à l'angoisse est anormalement amplifiée par l'effet de l'accrochage, on tombe soit dans l'inhibition, soit dans un emballement exagéré. Dans les deux cas, on risque de manquer le coche.

Il est extrêmement difficile d'accepter l'idée que l'on souffre d'accrochage. Cela nécessite de prendre un certain recul, qui lui-même exigerait l'absence d'accrochage. C'est une sorte de cercle vicieux sur la base duquel s'est échafaudé l'ensemble de notre culture, de nos formes de politesse, de notre façon de juger les autres, de prendre parti pour ou contre telle idée, d'envisager la politique, la religion, l'amour, le travail.

Le pire provient du fait que l'orgueil de chacun est précisément alimenté par l'accrochage. L'irritation de ne pas avoir raison, de ne pas être parfait, de se faire juger par autrui prend une importance démesurée. De sorte qu'il est absolument inutile de dire à quiconque qu'il accroche, même s'il en présente tous les signes. Celui qui n'accroche pas et que l'on accuse à tort d'accrocher répondra : peut-être que j'accroche... Celui qui accroche ripostera au contraire avec violence et ne pourra que très difficilement le reconnaître.

Or, tout le comportement amoureux et sexuel que l'on considère comme normal est en fait lié à l'accrochage. La surexcitation des pulsions partielles a conduit à l'image que nous en renvoie notre culture et notre morale, et que nous appliquons dans nos propres conduites. Lorsque la métapsychanalyse vient démontrer que certains de ces comportements sont contraires aux lois naturelles, il faudrait pour l'entendre accepter l'idée que l'on accroche soi-même, que l'on n'a pas forcément raison, que les points de repère auxquels on se réfère doivent être eux-mêmes révisés. Ce que l'accrochage rend pratiquement impossible.

La seule solution serait d'assainir l'alimentation, afin de réduire d'abord le niveau d'accrochage, et là, peut-être qu'une remise en question aurait plus de chances de se réaliser en profondeur... 

A propos de l'auteur

Guy-Claude Burger

Guy-Claude Burger


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