Culture-Nature

GAY GAY GAY... MARIONS-LES !

Qu’aurait pensé Jérôme Bosch du mariage gay ?

 

Pas facile de répondre, a priori. Quelle est par exemple la connotation de l’homosexualité dans le Jardin des Délices ? Seule une analyse approfondie et sans a priori du tableau permet de s’en faire une idée.

 

Wilhelm Fraenger, l’analyste qui a le mieux compris l’Éros adamite en tant que source de Connaissance avec grand C, n’y a vu que du feu. Même la scène la plus directement homosexuelle, celle du personnage agenouillé arborant un vaillant bouquet de fleurs entre les fesses, derrière lequel se tient sans gêne un autre homme, n’est pas interprétée dans le sens qui pourtant saute aux yeux. Pour l’historien berlinois, l’intention du peintre est là de restituer une innocence originelle à l’acte de défécation... Un peu moins de pudibonderie laisse au contraire immédiatement décoder la sodomie.

 

Autres motifs qui n’ont rien d’équivoque : dans le grand carrousel de cavaliers, dont les positions, surtout en partant de la droite, évoquent ouvertement des relations homosexuelles. Pour les dames également : dans le bassin où batifolent une vingtaine de naïades, les attractions amoureuses lesbiennes sont manifestes.

 

 

En revanche, aucun exégète ne semble avoir identifié les deux constructions situées à l’arrière-plan de l’étang supérieur en tant que symboles des homosexualités masculine et féminine. Un examen détaillé des personnages qui les habitent ne laisse pourtant planer aucun doute. Par exemple les femmes dont on ne voit que les têtes dans l’alvéole où tente de pénétrer un homme et qui lui en refusent l’entrée.

 

Bosch prenait sans doute un certain risque à placarder une relation condamnée par l’Église. Une telle effronterie ne pouvait s’assortir que de l’ambiguïté que laisse planer son Jardin des Délices : à première vue une condamnation des différents péchés de chair, à travers la trilogie classique du paradis où eut lieu la chute, des péchés charnels commis sur terre, et du châtiment qui attend les pécheurs en enfer. Interprétation qui sert en quelque sorte de miroir aux alouettes, cachant le sens profond du triptyque : un paradis sans chute, une sexualité non pécheresse, et l’enfer pour ceux qui auront obéi à la morale mensongère de l’Église. Aucun exégète ne semble avoir compris cette duplicité, la plupart voient dans l’œuvre de Bosch soit une condamnation du péché originel, soit un manuel de libertinage.

 

La stigmatisation visant l’homosexualité remonte à la nuit des temps. Pour le moins à l’origine des cultures monothéistes. On la trouve dans la Bible déjà sous Moïse, dans le Lévitique et le Deutéronome. La peine capitale ne paraissait pas excessive au Prophète pour éradiquer une forme de relation qui tenait selon lui de l’abomination. La même aversion apparaît dans les interprétions du récit biblique de la destruction de Sodome et Gomorrhe, bien que leur teneur homosexuelle n’est apparue qu’avec l’ère chrétienne, justifiant pour des siècles la rigueur impitoyable de la loi. La même homosexualité était en revanche monnaie courante dans la plupart des autres civilisations, chez les Égyptiens, chez les Grecs, chez les Barbares, chez les Gaulois, etc.

 

Dans notre société judéo-chrétienne, la criminalisation de l’homosexualité fut ratifiée à la fin du XIXe sous couvert de science. La psychiatrie, sous la plume du trop célèbre Krafft-Ebing (Psychopaghia sexualis 1886), l’inscrit au rang des maladies mentales. Elle est restée maudite jusqu’aux années 1970, en dépit d’exemples célèbres comme Verlaine et Rimbaud, Oscar Wilde, Marcel Proust, André Gide et bien d’autres. La psychanalyse a tenté de s’en sortir en ramenant le génie à une simple abréaction des souffrances internes. Occultant la dimension métapsychique de l'âme humaine, elle ne pouvait faire autrement.

 

On n’ose penser au nombre d’individus qui ont fait les frais de ces errements, à travers des traitements souvent destructeurs, et encore moins aux souffrances psychologiques de tous ceux qui se sont crus, à l’encontre de leurs sentiments profonds, n’être que des déchets de l’humanité. Les dégâts ont été du même ordre que ceux de la condamnation de la masturbation survenue au milieu du XVIIIe, marquée par l’également trop célèbre grimoire du Dr Tissot, De onania, qui fit le tour du monde.

 

Depuis quelques décennies, on assiste à un retour de pendule. En 1974, la très officielle Association américaine de psychiatrie s’est vue obligée de lever l’anathème qu’elle avait si longtemps cautionné – cela sans savoir expliquer ni la raison d’être des tendances homosexuelles, ni son brutal changement de position. Témoin en soit ce dialogue entre deux psychiatres insignes datant de l’époque où se discutait l’absolution du monde gay :

 

Dr. Robert L. Spitzer : «... un adulte homosexuel est une personne dont la fonction hétérosexuelle est estropiée, comme les jambes d'une victime de la polio. Comment allons-nous appeler cela? Allez-vous dire que c'est normal? Cette personne qui a des jambes paralysées par suite de poliomyélite est une personne normale même si la poliomyélite n'est plus active ?

Dr. Irving Bieber : « Nous pensons que nous devons rester en phase avec l’époque. La psychiatrie, qui était considérée jadis à l'avant-garde du mouvement visant à libérer les gens de leurs problèmes, est maintenant considérée par beaucoup, et avec une certaine justification, comme un agent du contrôle social. Il est donc tout à fait logique pour moi de ne pas ranger dans les troubles mentaux ces personnes ... qui ne sont pas en conflit avec leur orientation sexuelle. »

Dr.Spitzer : « J'aimerais vous demander: seriez-vous favorable à l'ajout de la condition d'asexualité ou de célibat au DSM (manuel des troubles psychiatriques) ? »

– Dr Bieber : « Chez les individus qui n'ont pas de sexualité opérationnelle – mis à part ceux de certaines professions, comme le clergé, où cela est demandé – Oui, je serais pour. »

 

Au XXe siècle – voire au XXIe – les médecins de l’âme n’ont pas encore trouvé de critère qui permette de décider du caractère normal ou pathologique de l’homosexualité. « Rester en phase avec l’époque » est la seule justification qui s’oppose à l’assimilation de cette tendance à une paralysie invalidante ! Ou partir du fait qu’une inhibition sexuelle totale (asexualité) mérite d’être classée dans les troubles psychiatriques pour en tirer qu’il devrait en aller de même de l’homosexualité. Voilà qui rappelle les discours sur le sexe des anges qui s’affrontaient lors du deuxième Concile de Nicée au Ve siècle de notre ère.

 

La tendance actuelle veut que tout soubresaut sexuel se réclamant de l’étiquette LGBT soit considéré comme politiquement correct, voire sacro-saint. Toute discrimination est soudainement taboue, au point qu’on n’ose même plus s’interroger sur la raison d’être de ces spécificités sexuelles sans paraître attardé ou risquer des sanctions. On est juste en droit de dire que l’homosexualité est « une tendance sexuelle comme une autre ». Voilà qui n’est pas très propice à la réflexion… Et qui n’empêche pas toute une couche de la population de vouer les pédés aux gémonies. C’est dans ce contexte que s’est finalement imposé le mariage gay.

 

Avouons que le mot est bien choisi : les mariages hétéros sont pour la plupart des havres de souffrance ou d’ennui sexuel. Un peu plus de « gayté » ne pouvait que réhabiliter les unions contractuelles. Accorder le mariage aux homosexuels était une façon de lever un conflit intellectuel, en ramenant à la norme une conduite sexuelle qu’on ne parvient ni à expliquer par les nécessités de la reproduction ni à diaboliser au nom d’une morale désuète. Il y a dans cette normalisation quelque chose de sécurisant, autant pour les homos qui se sentent officiellement acceptés, maire et prêtre à l’appui, que pour les hétéros qui peuvent ainsi ranger les outsiders dans l’image d’Épinal du lit conjugal.

 

Il ne s’agit pas ici de revenir sur une libéralisation, bienvenue en ce qu’elle éradique les stéréotypes qui condamnaient l’amour homosexuel en soi. La consécration du mariage gay oblige les homophobes à faire le poing dans leur poche, au risque de transgresser les lois condamnant les discriminations. Il dédouane l’homosexualité en tant qu'innéité irrépressible et la marque d’un sceau d’acceptabilité sociale qui ne peut que limiter les conflits et les violences.

 

On peut d’ailleurs s’interroger sur les conséquences de cette nouvelle situation, en termes de liberté d’expression. Éviter les insultes, les agressions, le mépris est certes une bonne chose. En venir au point d’interdire d’exprimer son opinion sous prétexte d’incitation à la haine, n’est toutefois pas un signe d’ouverture d’esprit. Récemment, un sieur qui disait à une transgenre qu’elle était en réalité un homme s’est vu condamné à une amende de 54 000 $ ! Dire la vérité est parfois indélicat, il faudra bientôt être millionnaire pour s’en payer le luxe.

 

Mais ne nous contentons pas, comme on le fait trop souvent, de déplorer les aléas de l’histoire et ses mouvements de pendule toujours excessifs. Essayons plutôt de nous demander quelles sont les causes profondes des excès de la morale et de ses avatars judiciaires. Quelles sont les sources des forces sociales qui ont généré depuis l’Antiquité les différentes haines anti-sexuelles ? Je me souviens d’un homme condamné à 15 ans de prison pour avoir assassiné un couple homosexuel, qui ne pensait qu’à reprendre sa croisade dès son retour à la liberté, comme s’il s’agissait d’une mission divine. Si nous parvenons à comprendre les causes premières de cet éréthisme millénaire, l’ensemble des contradictions, des divergences d’opinion, des stigmatisations, des souffrances qu’il a entraînées et qu’il entraîne encore, devrait se dégonfler comme un ballon de baudruche.

 

Premier point qu’il ne faut pas négliger avant toute analyse : les concepts « hétérosexuel » et « homosexuel » n’existaient pas avant l’époque moderne. Ils ont été introduits au cours du XIXe siècle par un certain Kertbeny qui militait pour la « normalsexualité ». Il considérait comme pathologique le fait de n’être attiré que par un sexe et pas par l’autre. La psychiatrie s’est emparée de ces deux nouveaux termes pour aller justement dans le sens opposé, en traçant une frontière entre normal et pathologique – désirable du point de vue théorique et particulièrement rentable sur le plan pratique. La lutte contre les tendances homosexuelles a longtemps constitué le fonds de commerce majeur des psys de tout acabit. La morale pseudoscientifique qui s’est ainsi installée dans les esprits gouverne encore notre sens moral de manière plus ou moins souterraine : le sexe est fait pour la reproduction, tout le reste n’est que déviation, donc l’homosexualité doit être combattue.

 

À tout bien considérer, ce long parcours chaotique repose sur l’incapacité de comprendre la raison d’être de l’amour homosexuel. Et, plus fondamentalement : sur l’incompréhension de la fonction naturelle de l’amour physique en général. C’est là que l’apport de Bosch pourrait changer la donne. Car il permet d’expliquer intelligiblement l’existence et la fonction d’une forme d’amour exclue depuis des siècles du discours judéo-chrétien, et notamment la fonction de l’homosexualité.

 

Bosch a situé les clés du message au centre exact de chacun des panneaux de son Jardin des Délices. Au centre du Paradis, on distingue une chouette discrètement perchée dans un iris géant. Au centre du panneau central sont énumérées les règles de sagesse qui permettent à l’amour physique de faire pousser les ailes d’une toute jeune chouette située au point d’arrivée du cortège. Juste au-dessous de ce centre, tel un commentaire habilement souscrit pour faciliter la compréhension, s’ouvre une fleur de chardon. Deux feuilles stylisées conduisent l’une à un ananas flottant, portant une poche amniotique où s’inquiète un couple, l’autre à une pêche flottante d’où sort une mûre géante prête à rassasier tout un cénacle de bouches affamées.

 

L’ensemble de ces motifs ne laisse planer aucun doute sur l’intention du peintre : il existe deux formes d’amour, l’une qui conduit à la procréation, l’autre au développement de ce que représente la chouette du paradis – l’oiseau qui sait voir dans la nuit – c’est-à-dire la Clairvoyance. Cette seconde forme d’amour est malheureusement victime de la morale dominante, qui entre par les oreilles et détruit l’innocence requise. Au centre de son Enfer, juste sous la paire d’oreilles et le couteau mimant un sexe masculin prêt à l'action, Bosch a placé un œuf géant éventré, trou béant entre deux jambes à peine stylisées : l’obsession de la pénétration, soulignée par le disque placé sur la tête d’un homme au regard concupiscent, surmonté d’une cornemuse (l’instrument qui joue sans jamais s’arrêter). Le reste du panneau énumère les conséquences de tous ordres qui résultent de cette réduction de l’Éros à une parodie de procréation.

 

C’est plus que jamais dans cette situation que se trouve notre société matérialiste. Pour nous, l’amour et le sexe sont censés coopérer à la reproduction de l’espèce. Les sentiments amoureux ne sont qu’un épiphénomène que le cerveau ajoute à coups d’hormones aux mécanismes biologiques. Finalement, on y cherche prioritairement le plaisir, faisant de celui-ci le but même de la sexualité. Nous utilisons pour y parvenir toutes sortes de moyens de contraception sans être conscients que nous nions par là le but même de l’instinct concerné.

 

Nous n’avons plus la moindre idée de la carence que représente cette réduction de l’amour au biologique. Nous croyons nous épanouir totalement en construisant un couple et une famille, ignorant que l’accomplissement que nous recherchons se situe à un tout autre niveau. Sans doute ressentons-nous au début d’une relation une certaine « magie amoureuse » qui transforme notre vision du monde, mais nous la réduisons à une forme d’engouement, d’excitation, voire de désordre cérébral qui nous ferait perdre le sens de la mesure. Elle s’évanouit le plus souvent après les premiers ébats sexuels, et nous ne comprenons pas pourquoi. Rien dans le paradigme dominant ne permet de le comprendre.

 

Nous ne savons plus que cet état de magie amoureuse devrait être l’état normal du psychisme. Que c’est là que se trouve la source des intuitions créatrices, de l’inspiration du poète comme du scientifique, et tout particulièrement la source des facultés extrasensorielles. Le sentiment de magie signale en fait la présence d’une énergie transcendante essentielle, à laquelle nous aspirons avec une force aussi grande que celle d’un être affamé pour qui la moindre nourriture est un gage de survie. Et ce n’est pas par hasard, parce qu’elle est la nourriture de l’âme sans laquelle notre accomplissement spirituel reste lettre morte.

 

Dans un contexte où l’amour n’est plus capable de nous y faire accéder, règne un sentiment de frustration et d’agressivité quasi permanent et omniprésent, de sorte qu’on le prend pour l’état normal. Mais le manque nous mine en profondeur, nous cherchons alors à le compenser à travers toutes sortes de substituts : alcool, nicotine, gastronomie, voyages, romans, hyperactivité, statut social, érudition, méditation, pornographie, science, religion… Mais rien ne peut remplacer l’authentique sentiment de plénitude que donne l’apport de cette énergie fondamentale. Et il semble bien que la nature ait confié cette tâche en priorité à l’amour physique – comme nous le rappelle le Jardin des Délices.

 

Contrairement à ce que nous enseigne le paradigme rationaliste, la créativité, l’intuition, les facultés extrasensorielles, la vie métapsychique en général constituent la part la plus importante de l’existence. Tout ce qui est physique et matériel ne mène pas loin. On n’emporte ni son compte en banque, ne ses propriétés, ni ses trophées quels qu’ils soient au-delà du tombeau. Ce qui distingue l’homme de l’animal, ce sont justement ces éléments plus subtils, intrinsèquement liés à son accomplissement spirituel. Manquer de l’énergie qui permet de les développer représente une forme de mort spirituelle. Il n’est donc pas étonnant que notre inconscient proteste avec violence sous forme d’angoisse, de culpabilité, de souffrance ou de dépression lorsque cette énergie nous manque. On comprend aussi que chaque ouverture amoureuse balaie quasi miraculeusement ces sentiments négatifs pour les remplacer par un élan d’espérance, sachant que l’énergie transcendante mise en œuvre a pour enjeu le sens même de l’existence.

 

Une fois démontré que la fonction naturelle de la sexualité humaine est précisément d’accéder à cette énergie métapsychique essentielle, on peut comprendre l’extraordinaire prégnance de tout ce qui concerne l’amour : aussi bien les forces souvent incoercibles qui nous poussent à le réaliser physiquement, que les forces négatives que l’on peut ressentir face à ce qui le fait échouer (ou face à ce qui nous paraît anormal et que nous ressentons inconsciemment comme cause d’échec).

 

Ces forces destructrices, telles qu’on les observe dans l’homophobie, sont a priori des forces constructives : elles cherchent à éviter les comportements sexuels inappropriés, avec toute la puissance que leur confère leur enjeu spirituel. Elles sont malheureusement sujettes à d’innombrables confusions et finissent par détruire ce qu’elles seraient censées sauvegarder. La morale dominante et l’entourage social nous font trop souvent déchiffrer comme anormaux les comportements naturels, et comme normaux les comportements contre nature. Toute notre culture judéo-chrétienne s’est mise en place au hasard des détours de l’histoire, sur la base d’un échec quasi systématique de cette dimension supérieure de l’amour. Ce qui est aujourd’hui la norme est le plus souvent juste à l’inverse des lois naturelles.

 

Ainsi s’expliquent les haines et les condamnations qui ont visé l’homosexualité depuis des millénaires. Celle-ci est en effet injustifiable en termes de reproduction – injustifiable tout court quand on ignore la fonction métapsychique de l’amour physique. Elle apparaît donc comme une anomalie et déclenche les pulsions naturelles faites pour dénoncer ce qui fait échouer l’amour quant à son but métapsychique. Faute de pouvoir verbaliser les causes réelles de cet échec, ces pulsions la prennent pour cible en tant que bouc émissaire, avec toute la violence que justifie une angoisse de mort spirituelle.

 

À ce schéma général s’ajoutent d’autres facteurs : dans un monde essentiellement matérialiste, la plupart des relations homosexuelles sont vécues sur un plan hédonique qui les fait effectivement échouer au plan métapsychique. Ceci ne peut qu’attiser davantage les pulsions agressives dénonçant leur pseudo-anomalie, bien que celle-ci ne soit qu’un effet de mirage dû à la réduction générale de la sexualité à une activité de reproduction. Le paradoxe veut ainsi que l’incompréhension de la fonction véritable de l’homosexualité, due à l’ignorance de la fonction métapsychique de l’amour physique en général, multiplie les pulsions agressives induites par l’échec d’une homosexualité réduite à sa dimension biologique.

 

En plus de cela, le malaise intérieur qui provient du désaccord de l’inconscient avec une condamnation erronée de l’homosexualité en soi provoque des sentiments de culpabilité. On sent quelque part qu’il n’est pas juste de stigmatiser les homosexuels. Cette stigmatisation étant incoercible pour les raisons vues ci-dessus, et la culpabilité irréductible, intervient alors une pulsion supplémentaire tendant à conforter la condamnation par une formation réactionnelle, c’est-à-dire en surinvestissant la stigmatisation de manière à anticiper toute objection et à ne pas laisser place au doute.

 

Autre facteur encore : l’hétérosexualité telle qu’elle est généralement vécue, du fait qu’elle vise à la reproduction et n’apporte pas les effets inconsciemment attendus de l’amour au plan métapsychique, laisse à plus ou moins long terme un sentiment de frustration. Celui-ci induit alors des pulsions de jalousie vis-à-vis d’une forme d’amour « concurrente » ressentie indistinctement comme étant plus spécifiquement vouée au développement métapsychique. Ainsi prennent naissances des motions destructrices qui s’ajoutent aux précédentes.

 

Ceci peut toutefois produire, chez d’autres individus, un effet boomerang, qui se manifestera par un sentiment plus ou moins conscient de culpabilité lié à l’injustice de la condamnation dont les homosexuels sont victimes, et par une volonté de rétablir la justice en réhabilitant l’homosexualité. La réhabilitation peut à son tour aller trop loin, c’est-à-dire tenter de dédouaner des pratiques dont on sent quelque part qu’elles n’atteignent pas leur but naturel non plus. Les mouvements de pendule peuvent ainsi continuer éternellement, aussi longtemps que l’on ne comprend pas la fonction naturelle de l’amour.

 

Ces quelques éléments permettent de mieux comprendre les multiples quiproquos surgis autour du mariage gay. Indépendamment des pressions politiques des lobbies gays qui ont pu influencer les décisions de l’APA, le sentiment d’une injustice, dopé par la volonté de respect des libertés individuelles qui s’est mis en place après la dernière guerre, a amené les esprits à dépénaliser l’homosexualité. Faute de critère permettant de savoir ce qui est conforme à la nature ou non, un amalgame s’est alors opéré entre les différentes formes de relations, de sorte qu’il a paru nécessaire d’assimiler foncièrement la relation homosexuelle à la relation hétérosexuelle, et de la faire bénéficier des avantages qu’apporte le mariage.

 

Les opposants font valoir un point de vue lui aussi justifié (faute de connaître les deux fonctions de l’amour) : le mariage est fait pour favoriser la conception des enfants et la stabilité de la famille, indispensable pour leur éducation et leur équilibre, de sorte que le mariage gay, stérile par nature, leur apparaît comme une aberration. Les gays mariés sentent eux-même quelque part que ce qu’ils recherchent ne se trouve pas dans un modèle de couple ou de famille. Ils sont heureux d’être reconnus socialement, mais leur inconscient ne peut approuver une assimilation à l’amour procréatif, vu qu’ils sont incapables de procréer et cherchent (au moins inconsciemment) quelque chose de plus élevé qu’une fonction biologique.

 

Cette situation ne peut à long terme que créer un équilibre instable, truffé de retours de pendule souvent imprévisibles, de tensions internes, voire d’éclats de haine compulsionnels dus à l’accumulation de pulsions visant à dénoncer les erreurs que l’on est incapable de verbaliser. Peut-être va-t-on aussi vers une dégradation de l’image de l’homosexualité, qui évoquait en partie le monde des artistes, des auteurs, des cinéastes, pour la faire glisser davantage vers le banal, le vulgaire ou le pervers. À moins que l’on constate que les couples gays connaissent moins de conflits que les couples ordinaires. Ce qui pourrait ouvrir l’esprit au fait que la tâche biologique de reproduction n’apporte pas les satisfactions supérieures que l’on attend de l’amour.

 

Notre question de départ : qu'aurait pensé Jérôme Bosch du mariage entre personnes de même sexe ? Rangeant le couple hétérosexuel dans une poche amniotique, il n'aurait sans doute pas su où caser un couple homo. De plus, ses personnages vont toujours par trois. Il ne cesse de vilipender les relations binaires, sans doute parce que conscient du fait que le couple fermé finit par brûler ses réserves d'énergie, et que le tiers représente, si tout se passe sans heurts, un apport d'énergie revivifiant. Le mariage gay lui aurait certainement paru dérisoire, pâle imitation du sacrement classique découlant de la perte de l'Éros adamite et d'une étrange déviation de la morale catholique.

 

Quoi qu’il en soit, le seul moyen de résoudre fondamentalement le problème sera de comprendre qu’il existe deux formes d’Éros. Que l’une vise à la reproduction, par nature hétérosexuelle, allant de pair avec le mariage et la famille ; et que l’autre est faite pour développer la dimension transcendante du psychisme, à commencer par les capacités d’intuition et la perception extrasensorielle. Que celle-ci est de loin plus importante parce que l’homme est plus qu’un être biologique et que seul un accomplissement spirituel authentique – construit non pas à l’aide de dogmes et de croyances, mais à travers la perception intime des valeurs éternelles – peut lui éviter le juste sentiment d'avoir raté sa vie terrestre.

 

A propos de l'auteur

Guy-Claude Burger

Guy-Claude Burger


Physicien, mathématicien, musicien, psychologue, chercheur, auteur, empêcheur de tourner en rond...

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